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L’an
mil huit cent seize et douzième jour de mois de septembre,
nous, Jean Etienne Galibert, commissaire de police de la ville
de Castelsarrasin, chef lieu du troisième arrondissement
du département de Tarn et Garonne, nous étant
rendu sur la place au marché de la dite ville pour
y exercer notre surveillance en conséquence du devoir
de notre charge, et étant à parcourir les divers
points de la dite place, pour nous assurer de l’exécution
des règlements de police, parvenu à l’extrémité
de la halle du côté de la rue St Louis, nous
avons vu le sieur Calvi peintre distributeur des lettres de
la poste au devant de son établi, ayant sa pipe à
la bouche et fumant, nous avons cru devoir observer au dit
Calvi qu’il était messéant de fumer sous
la halle et au milieu d’un concours de monde prodigieux,
que deux motifs principaux nous portaient à faire observation,
d’abord parce que l’odeur de la pipe ne plait
pas à tout le monde, que plusieurs personnes même
pourraient en être incommodées, et que d’un
autre coté le tabac en feu qui se détache souvent
de sa pipe pourrait brûler les habits de ceux qui dans
ce moment se trouveraient trop près de lui surtout
en cet endroit ou les gens passent et repassent et se croisent
et le plus souvent par groupes, que toutes ces raisons que
toute autre personne que le dit Calvi auraient appréciées
et fortement senties, bien loin de l’intéresser
ont été reçues par le dit Calvi de la
manière la plus indifférente même l’air
fâché, et nous n’avons d’abord obtenu
de lui que cette réponse : Monsieur lorsqu’il
y aura une loi qui me défendra de fumer sous la halle
alors seulement je n’y fumerai pas ; que le dit Calvi
nous ayant fait cette réponse d’un ton très
malhonnête et tenant de l’arrogance nous lui avons
demandé s’il nous connoisse pour commissaire
de police, à qouy il a répondu Oui je vous reconnais
vous êtes le commissaire de police sans néanmoins
avoir l’air de vouloir cesser sa pipe, ce qui nous à
porté à lui dire Et bien puisque vous me connoissois
je vous deffens de fumer sous la halle vu les inconvénients
qui peuvent en résulter ; qu’à cette injonction
le dit Calvi s’est enfin déterminé à
cesser de fumer, paraissant très mécontent de
mauvaise humeur et tout en marmottant tout bas quelques mots
que nous n’avons pas compris, que n’ayant pas
voulu donner suite à un pareil écart d’indécence
et de peu de respect pour l’autorité nous avons
quitté le dit Calvi pour continuer notre course, que
quelques temps après nous étant rapproché
des fourseaux ( ?) ou notre présence pouvait être
nécessaire, et qui sont placés à l’autre
extrémité de la halle, nous avons aperçu
le dit Calvi allant joindre Mr le maire de la ville qui était
devant la porte de sa maison située en face de la place
au marché et connoisant le caractère violent
et emporté de cet individu qui est Italien de nation
et pensant avec juste raison qu’il recherchait Mr le
maire pour lui parler à sa façon de ce qui venait
de se passer, nous nous sommes approchés de ce magistrat,
auquel le dit Calvi racontait déjà le fait ci
dessus rapporté mais en ayant tronqué la meilleure
partie, Calvi ayant fini de parler nous avons cru devoir rétablir
les faits vrais et inviter de nouveau le dit Calvi à
ne pas fumer sous la halle le jour de marché, que s’il
n’y avait pas de loi positive il y avait du moins une
raison naturelle que tout bon sujet du Roy devait s’empresser
de suivre, que le dit Calvi nous avait interrompu pour nous
dire du ton le plus élevé Foutre ! vous m’en
voulez parce que je suis patriote de 1789, sur quoi Mr le
maire l’a invité avec sa bonté naturelle
de se retirer et sur ce que je n’ai pas laissé
ignorer au dit Calvi que j’allai dresser mon verbal
il a répondu tout en s’en allant étant
transporté de fureur Dressez les verbeaux tant que
vous voudrez, oui, dressez en tant que vous voudrez ! nous
avons cru ne devoir faire au dit Calvi aucune observation,
pour éviter une discussion dans laquelle il nous aurait
manqué peut être encore avec plus d’éclat,
mais nous avons persisté à penser qu’il
ne doit être permis à personne de fumer sa pipe
sous la halle surtout un jour de marché puisque cette
action a dicté l’article sept de l’ordonnance
de police de la ville de Paris du 15 Novembre 1791 qui contient,
dit Mr …..( ?) dans son dictionnaire de police des mesures
pour prévenir les incendies et qui peuvent être
mises en usage dans diverses communes, et surtout ce dessus
nous avons dressé le présent procès-verbal
pour y avoir recours le cas échéant, les présents
jour mois et an que dessus.
Avec
l’aimable participation de Mr Thierry Gras.
Source
: Procès verbaux commissaire de police. AM Castelsarrasin,
cote 118.
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