La magnifique cité d'Auvillar dominant la vallée de la Garonne dans le sud-ouest de la France, l'un des plus beaux villages de France, haut lieu touristique et artistique de la région Midi-Pyrénées. c'est aussi une halte incontournable sur les chemins de Saint Jacques de Compostelle.
Auvillar Tarn & Garonne - France
Le 15-05-2008 à 07:12:11
Le
félibrige est une école littéraire constituée
en Provence au milieu du 19ème siècle. Elle
préconise le maintien et l'épuration de la langue
provençale et autres dialectes occitans. Le mouvement
est lancé en 1851 à Marseille. En 1854, sept
poètes provencaux dont Mistral prennent le nom de "
félibre " et créent ainsi cette nouvelle
école. Elle s'étend rapidement aux autres
provinces de langue d'Oc, puis se divise en 1876 en 4 branches
: la Provence, le Languedoc, l'Aquitaine et la Catalogne. L'un des premiers félibres auvillarais
fut sans doute le général Ferdinand de Bressolles
( 1793-1874 ). En 1913, Auvillar lui rend hommage et les
grandes fêtes félibréennes de la Saint-Noé
sont organisées. Des personnes désirent pratiquer et
diffuser la langue occitane. Elles s'organisent en groupes
appelés " Cloucado " et à Auvillar,
le nom de " Cloucado ou Escolo Marcabrun ". En faisait partie Joseph Cavaillez ( 1824
- 1893 ), très connu pour ses vers sur la Saint-Noé,
qui étaient inspirés par la fête des vignerons. Les poètes locaux se réunissent
souvent et animaient les fêtes félibréennes,
comme la Saint-Noé. sources : Auvillar, histoire et patrimoine d'Andrée
Capgras.
Une
des grandes forces du Félibrige - après notre
sublime langue d’Oc, bien entendu - réside dans
les traditions populaires que le folklore nous a, grâce
à Dieu, conservées. C’est à elles
que Mistral en appelait quand, à Font-Ségugne,
il fondait l’institution félibréenne qui
devait, bientôt, présider à notre renaissance
occitanienne. Les Auvillarais, cependant, n’avaient
pas attendu Mistral pour travailler, à leur manière,
à la conservation d’un passé riche de
pittoresque et de personnalité méridionale.
Vignerons - ils l’étaient tous à Auvillar
avant le phylloxéra - ils fêtaient tous les ans
le plus illustre d’entre eux, leur patron, Noé,
dans un cortège populaire directement issu des mystères
du Moyen Age. Nous n’avons pas ici la place nécessaire
à une argumentation historique. Aussi bien, nous paraît-il
inutile de l’entreprendre : le meilleur argument
n’est-il pas la description, mieux que la description,
la vue de notre fête ? Elles suffiront amplement
à en démontrer l’ancienneté, illustrant
fort bien ce fait que, de mémoire d’Auvillarais,
on ne connaît la date de son origine.Donc, on fête
Noé, Saint-Noé - canonisation à la saveur
bien médiévale, n’est-ce pas ? -
le dimanche de la Trinité. Pourquoi cette date ?
N’en cherchons pas trop loin l’explication adéquate :
n’est-ce pas l’époque, en effet, où
délivré du souci des gelées printanières,
le vigneron voit s’épanouir sur la souche, les
espoirs des vendanges futures ? Espoirs non dépourvus
de risques, où toute la protection du vieux patriarche,
du premier « fochaire » ne sera pas
de trop pour écarter les grêles futures.Y pense-t-on
bien à ces grêles futures au cours de la fête ?
Il n’y paraît guère. La note dominante
est cette liesse débordante - si peu actuelle, hélas !
- qui nous transporte d’un coup à des siècles
en arrière ; en des temps où l’on
savait s’amuser gaiement, sainement, vraiment. La fête
commence le samedi soir par la plantation du mai. Puis, après
le souper - on parle encore chez nous comme autrefois, - à
la nuit, se déroule la curieuse, la pittoresque, l’originale
procession aux « arbudets ». Elle en
étonna plus d’un et de premier plan dans le régionalisme :
le contraire nous aurait surpris. Pour vous, amis lecteurs,
accoutumés aux retraites aux flambeaux avec les lanternes
vénitiennes rituelles, imaginez, au bout d’une
hampe, le gros entonnoir de la barrique, l’ « arbudet »,
préservant des souffles nocturnes, la flamme vacillante.
Répétez cela des centaines de fois - autant
que de participants au cortège - et vous risquerez
d’avoir une idée un peu représentative
de l’effet produit. Ainsi éclairé, le
cortège se rend à l’emplacement de la
chapelle de Marchet où l’on chante complies et
puis, c’est la farandole, bruyante et fantasque qui
déroule ses orbes capricieuses dans la cité
endormie. Ceci pour la Vigile...Après de telles prémices,
que sera alors le cortège lui-même ? De
la même veine, à coup sûr...
Texte
de P d'Aoubila :
Passons sur la matinée et arrivons
après le dîner. Dès après-midi,
fifres et tambours battent le rappel des « fochaires »
et vite, ceux-ci se rendent au lieu du rassemblement. En bras de chemise, le pantalon retroussé,
pieds-nus dans les sabots fourrés de paille, coiffés
du grand chapeau d’été enrubanné
de pampre feuillu, ils portent tous sur l’épaule
le « beccat », la houe, qui, tout à
l’heure, leur servira à planter la vigne et de
leur besace, où se cache l’écuelle de
terre rouge - d’Auvillar, elle aussi, - dépasse,
symbolique, un bouquet d’aulx ou d’oignons nouveaux :
leurs provisions.Vite, le cortège se forme. Fifres
et tambours en tête, viennent ensuite les deux enseignes
et le guidon : vieilles oriflammes pieusement conservées.
Puis, sur deux rangs, les vignerons escortent d’abord
Bacchus : un enfant costumé, juché sur
le baril plein de vin que portent quatre forts, puis la souche,
la « vits » que les quatre plus anciens
vignerons soutiennent religieusement.Ainsi ordonné,
le cortège gagne la porte de Lectoure, puis, par la
rue de la Sauvetat, la rue de l’Horloge, la Halle, la
vieille rue du Château, ils gagnent la place du même
nom pour y planter le cep symbolique. Ils ne s’y rendent
pas en silence, ni en rangs sagement ordonnés :
ce serait trop contraire à l’esprit d’une
bacchanale. Fifres et tambours jouent sans arrêt le
rythme ancestral, tandis que les sabots ferrés scandent,
en mesure.Aux carrefours, la pause. En rond autour des insignes
de la fête, rappelant les arrêts nécessaires
au cours des rudes labeurs, les vignerons s’accroupissent
sur le « beccat », boivent un coup,
vident le « turre », puis, revigorés,
dansent un rigaudon. Et puis, c’est au Château, la
grande cérémonie : la plantation de la
souche. Chacun s’y affaire, empressé. Entre-temps,
les jeunes filles de la cité - costumées comme
leurs aïeules - portent le fameux « tourin »
aux œufs dont chaque « fochaire »
remplira généreusement son écuelle. Ensuite,
le « chabrot » - on vide le baril pour
le faire - lavera - si l’on peut dire - les reliefs
du tourin restés dans l’écuelle. Puis,
celle-ci reprend sa place au fond du havresac. Le tout, bien
entendu, assaisonné de cette franche gaieté
populaire, un peu Gauloise, mais si française et si
méridionale surtout. Et le cortège, mêlant
à nouveau la Religion aux souvenirs païens - qui
datent avec tant de certitude, notre Saint-Noé - reviendra
à Marchet clôturer par des complies, ferventes
à leur manière, une journée si bien remplie.Telle
se présente, dans ses grandes lignes - puisse la place
limitée excuser leur sécheresse - la coutume
auvillaraise de la Saint-Noé. Telle est la pierre,
modeste certes, mais non sans valeur, que nous apportons à
la construction, à la reconstruction, devrions-nous
dire, de notre édifice méridional et régionaliste.
D’aucuns riront peut-être de ces usages désuets.
S’ils le font, c’est qu’il n’auront
pas compris l’âme qui vit sous toutes ces vieilles
choses du passé, si vieilles qu’elles ressemblent
à ces aïeules aux cheveux poudrés à
blanc, à la voix chevrotante et menue qui nous parle
de choses que nous ne comprenons plus : leur vie pourtant.
Qu’ils rient, s’ils le veulent et qu’ils
passent, ils ne sont pas dignes de communier au patrimoine
de leur race, ils renient tous leurs atavismes. Vous ne serez
pas de ceux-là, vous qui nous lirez et vous viendrez
voir notre Saint-Noé d’Auvillar : si notre
prose ne vous a pas convaincus, vos yeux émerveillés
compenseront amplement ce que notre pauvre plume n’a
pu faire. P. D’AOUBILA.
Notes
de Mr Lagravère sur la Saint-Noé des 6 et 7
juin 1936 :
La fête de la saint-Noé s'est
déroulée sous les plus brillants hospices, le
samedi soir 6 juin plantation du mai avec le fifre et le tambour
comme musiciens. A 21h00, procession à Marchet avec
les arbudets allumés. Discours de M le Doyen Mr Chambert
prêtre de la ville, et à 22h00 retraite par la
Lyre auvillaraise, illumination de l'horloge.
7 juin, distribution de bouquets au son du fifre et du tambour,
Mrs Pérès et Verdier, à 11h00, grand
messe à l'église Saint-Pierre. Réception
des invités. A 13h50, réunion à Pintois
des Fouchayres ( faucheurs ) qui partent de Pintois vers la
Place du château pour la plantation de la vigne, farandole
à chaque carrefour. A 14h00, on va
chercher le tourin fait par Mme Hélène
Dumoulin; après le tourin et l'éternel chabrot,
Mr le doyen vient chercher le cortège ou le prévenir
de le prendre à l'église en passant par la rue
Saint-Pierre. Discours en patois par deux types qui arrivent
du paradis, Trompet et Turulure, par Mr Carrié andré
et Sieurac Georges, tout cela avant le départ pour
Marchet, après, les complies à Marchet, retour
place du Château. La lyre ouvre le concert par un morceau
de circonstance " les échos du midi de Kesler
", puis les félibres de Laguépie,
qui ne le cachons pas sont très bien et très
débrouillards.
Notes
de Mrs Verdié et Cayrou :
7 juin 1936, au piano : Mr Doumerc, Laguépie et autres...
Belle journée, en moyenne 2000 personnes, le soir fête
à Pintois, avec bal champêtre par le Jazz Plantade
et la Lyre Auvillaraise, embrasement de la tour de l'Horloge
à 22h00. Fin de la fête à 2h00 du matin.
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Mise à jour le : 24/01/2008 à 15:06